Anne Dorr
Pour beaucoup d’entre nous, ce conflit absorbe nos pensées. Sortir ou pas sortir ? Cette question ressemble à une balle de tennis en plein match. Elle passe dans chaque camp, celui du oui, celui du non, chaque rebond apporte son lot de ‘’oui mais’’ …
Les adeptes du non brandissent la menace d’une mauvaise assurance avec le risque d’une contamination, les adeptes du oui brandissent la menace d’une chute du moral et de l’économie avec le risque de la précarité et de la violence. Comment gérer les risques ?
Dans les deux cas, la peur de mourir est présente.
La mort ? Dans le monde d’avant, nous n’y pensions pas. La vie suivait son cours. Nous ne pensions pas plus au fait que nous sommes tous reliés par l’air que nous respirons, par l’eau de la pluie, par la terre sur laquelle nous marchons. Nous avions oublié ces liens tel un immense rhizome souterrain. Mais nous sentions bien que sans l’autre, il est difficile de vivre ….
Pendant le confinement, nous avons touché du doigt la douleur du manque. Sentir l’air dehors comme sentir le souffle de l’autre. Et pourtant, demain, ce souffle pourrait être porteur de danger … Ce sera l’inconnu.
Oui, nous avons oublié une chose fondamentale. Nous sommes tous reliés pour le pire et le meilleur. La vie et la mort. Maintenant, il va falloir faire avec cette pensée qui génère un conflit intérieur comme extérieur. Nous voilà face à notre besoin paradoxal. Qui va l’emporter ? Le cœur ou la raison ? Où mettre le curseur de la prudence ? Du raisonnable ?
Entre les deux, la balle de tennis passe d’un camp à un autre en s’accélérant suivant la force de frappe des joueurs. Une énergie va circuler, l’envie, l’en-vie.
Drôle d’énergie qui nait de la force du conflit pour devenir une onde, une vibration. Elle devient une force insoupçonnée qui nous pousse à faire ce qu’on ressent au mieux pour nous. Elle devient courage. Elle devient une palpitation chaude qui monte du cœur, cette lumière qui traverse tout le corps et qui fait briller nos yeux.
Allez je le fais ! J’ai peur, mais je vais le faire, ce saut vers l’appel ! Et combien de fois pouvons-nous constater ensuite que ce saut a été salutaire, qu’il nous a rendu vivant, qu’il nous a fait découvrir un terrain de jeu insoupçonné.
Entre le monde d’avant et les jours d’après, il y a eu un entre deux qui nous a marqué. Ces deux mois de confinement où la force de l’en-vie a puisé ses ressources dans nos cœurs et dans nos raisons.
Le jour d’après nous demande de plonger dans une vie inconnue pour nous, celle du sans contact. Masqués, distanciés les uns des autres, comment embrasser la vie ? Que diront nos yeux si nous ne pouvons plus nous toucher ? Comment embrasser la vie ? Sur quelle vibration allons nous nous connecter ? Quels masques vont tomber ? Nous allons avoir besoin de courage pour les jours d’après.
Le courage va s’allier à la confiance, à l’audace. Sans contact peut-être, mais pas sans lien !
Alors, au-delà de cette question : « on sort ou on reste confiné? », n’y a t’il pas une autre voie ? Celle où la balle sort du jeu, passe au dessus des grillages rejoint les nuages en sifflant dans l’air : n’oubliez pas pendant le confinement, vous l’avez fait ! Vous aviez cru que c’était impossible et pourtant vous l’avez fait !
Plus que jamais, continuons ensemble à construire demain sans contact peut-être, mais pas sans lien !